Les quartiers défavorisés souffrent davantage de la canicule

mercredi 4 juillet 2018
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Plus étouffant en ville qu’à la campagne... Une évidence... surtout par ces chaudes nuits estivales. Pourquoi ? Peut-on y remédier ?

Une étude universitaire à Rennes le prouve

Le phénomène a été étudié par un chercheur, Xavier Foissard, qui a mené sa thèse de climatologie sur le phénomène des îlots de chaleur urbains à Rennes, entre 2010 et 2013. A partir de l’étude des mesures fournies par 21 stations météo disposées dans différents quartiers de l’agglomération et sa périphérie, il a montré qu’il fait plus chaud en ville qu’à la campagne, jusqu’à 6,5°C d’écart pendant les nuits chaudes.

Qu’est-ce qu’un îlot de chaleur ?

C’est un quartier urbain qui se caractérise par un écart de température supérieur, la nuit, avec un point de référence, localisé à la campagne à proximité. Le point de référence : la commune de Melesse, située à 8 km au nord de Rennes. Le point Griffon est l’hyper centre-ville de Rennes. On constate que durant la nuit du 4-5 juillet, l’écart de températures a été de 6,5°C entre ces deux points.
BMP - 1.9 MoEcart de températures en °C entre la station météorologique de référence, Melesse, et les autres situées dans l’agglomération./X. Foissard, H. Quenol, V. Dubreuil, laboratoire LETG Rennes Costel, université Rennes 2

Quatre éléments expliquent ces écarts

- la hauteur des immeubles,

- les surfaces imperméables, et leur couleur comme le bitume foncé

- la largeur des rues

- la végétation ou plutôt son absence.

L’effet de canyon urbain est caractéristique de la sur-chauffe de certains quartiers.

Il suffit d’imaginer les tours de béton hautes d’une trentaine de mètres encadrant des rues étroites : voilà l’image du canyon, un véritable étouffoir. Xavier Foissard explique : « Le bâti absorbe la chaleur la journée et la restitue la nuit ; alors qu’à la campagne, la végétation réduit la chaleur par l’évapo-transpiration. » On peut affiner l’analyse quartier par quartier. « Les endroits végétalisés où les habitations sont espacées sont moins chauds que ceux qui sont minéralisés et très denses. » Xavier Foissard n’utilise pas le terme de quartiers populaires mais celui de quartiers minéralisés : ils recouvrent souvent la même réalité.

Lorsque l’on croise ces données avec la répartition socio-économique de la population, on constate que les quartiers populaires subissent plus que les autres les fortes chaleurs. Une chaleur accrue, qui est doublée d’une isolation des logements insuffisante.

La climatisation semble difficilement envisageable : son coût est élevé non seulement à l’installation, mais aussi avec la surconsommation d’électricité. De plus les climatiseurs restituent la chaleur à l’extérieur. Un grand nombre de ces installations aggraverait la chaleur des "canyons".

La difficulté de concilier ville et climat

La température augmentera entre 1,1 et 6,4°C en fonction des scénarii, d’ici à la fin du XXIe siècle.

Dans de nombreuses métropoles très denses, comme Lille ou Paris, les quartiers populaires cumulent les inégalités : économiques (accès à l’emploi, à la propriété), sociales (accès aux services) et environnementales (bruit, transport, pollution, chaleur). Une densification à coup de construction de tours et de surfaces imperméabilisées permettrait un accroissement aisé de la ville, mais la rendrait aussi plus vulnérable, en particulier dans les quartiers populaires, déjà surexposés, face à la chaleur.

Dix villes européennes tentent de résoudre cette équation. Elles se retrouvent dans le cadre du programme européen Popsu, pour échanger sur les stratégies d’aménagement de chacune. Végétaliser la Ville : planter arbres, arbustes et mousses et sédums sur les toits... Le rôle de l’eau est un autre atout. Réduire les émissions de CO2 avec des modes de déplacements doux...

En France, toutes les communes de plus de 50 000 habitants mettent en œuvre un plan climat énergie territorial. Les axes adoptés sont l’adaptation et l’atténuation. Les inégalités environnementales sont connues et reconnues mais presque absentes de ces politiques réglementaires.

Densifier la ville partout indépendamment des inégalités environnementales

Pour Xavier Foissard, « dans la théorie, l’idéal serait l’étalement urbain comme des quartiers pavillonnaires avec des habitations basses et d’importantes surfaces végétales. » Mais ça c’est la théorie, car dans la pratique, la préservation des terres agricoles est une priorité inconciliable avec l’étalement urbain.

Un des problèmes posés par le casse-tête climatique réside dans la particularité de chaque ville. Chacune a son histoire et son propre développement urbain. Une commune avec une faible démographie et une activité agricole majeure ne sera pas confrontée aux mêmes enjeux d’aménagement et de lutte contre les inégalités qu’une ville minéralisée à outrance avec un passé industriel lourd en pollution.



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